Historiquement, les terres agricoles autour des villes étaient destinées à l’approvisionnement alimentaire de la ville (zones maraîchères). De plus, les habitants des faubourgs disposaient pour la plupart d’un potager familial. Les denrées alimentaires issues de l’importation étaient rares et destinées aux couches les plus aisées de la population. Depuis le milieu du XXème siècle, parallèlement à l’augmentation des échanges commerciaux à échelle mondiale, la part des denrées locales et régionales consommées dans les villes a progressivement baissé en faveur de celles des zones de production les plus économiques, jusqu’à inverser le rapport depuis le début du siècle ; une bonne partie de notre alimentation est aujourd’hui mondialisée.

Aujourd’hui, il n’est guère envisageable de revenir à un approvisionnement exclusivement local, vu l’augmentation des populations urbaines, mais la prise de conscience du coût des externalités environnementales liées à la mondialisation des denrées alimentaires, de la nécessité de renforcer la sécurité alimentaire ainsi que la naissance chez les citadins d’un besoin de retour aux sources a donné ou redonné vie à différentes pratiques agricoles que l’on qualifie d’agriculture urbaine.

Celle-ci inclut toutes les formes de cultures agricoles qui concernent directement la ville d’un point de vue géographique, tant en zone intra-urbaine, donc en zone à bâtir, que périurbaine, en zone agricole, professionnelles ou sous forme d’engagement citoyen dans une AMAP/ACP ou dans un potager ou verger de quartier. Ces différentes formes se définissent également en fonction du degré d’implication des citadins ou des agriculteurs professionnels.

L’agriculture périurbaine contribue à la production alimentaire de proximité. Cette dernière notion comporte à la fois l’agriculture urbaine et périurbaine et la production dans un rayon de quelque 50 km. Sa revitalisation offre l’accès pour les citadins à des produits de maraîchage locaux et de saison, mais également des produits de l’élevage, de la viticulture et de l’arboriculture, etc. Elle implique pour les agriculteurs de s’adapter ou de se réorienter vers une filière de proximité plutôt que de subir les contrats de la grande distribution ; par contre la distribution de la production devra être prise en charge par les producteurs, ou les consommateurs (vente à la ferme, points de vente urbains co-gérés).

Cette demande peut également se traduire par une augmentation des conversions en agriculture biologique et donner naissance à de nouveaux labels de terroirs. On voit se développer de plus en plus de possibilités d’approvisionnement direct et de livraisons à domicile. Certaines exploitations, les fermes urbaines, se situent au cœur du territoire urbain, en zone agricole entourée par l’urbanisation ou en zone à bâtir. Ces espaces ont souvent également une vocation didactique, de sensibilisation et paysagère.

L’agriculture intra-urbaine comprend des plantages, des ruchers, des poulaillers ou encore des arbres fruitiers dans les parcs, des cultures sur les toits, dans les squares et dans les jardins privés. De nombreuses initiatives proviennent des habitants eux-mêmes, notamment par le biais d’associations de quartiers qui sollicitent l’engagement des autorités locales. Désormais, de nombreuses villes intègrent cette agriculture dans leurs stratégies de durabilité en tant qu’élément de verdissement urbain (corridors végétaux, végétalisation des toits, parcs arborés, etc.) afin de favoriser la biodiversité et le bien-être des habitants mais également en tant qu’instrument à vocation sociale, d’intégration et d’échanges, et didactique (éducation à l’environnement et à la citoyenneté).

Un plus grand auto-approvisionnement de proximité constitue un enjeu de sécurité alimentaire croissant. Les nouvelles formes de production agricole réalisables en territoire urbain et de nouveaux modes de consommation alimentaire contribuent à augmenter la capacité d’auto-approvisionnement des villes, tout en restant encore faibles par rapport à l’ensemble des besoins d’une ville, elles témoignent d’une nouvelle relation à la terre et à ses produits.

 

Source : P. Servigne (2014), Nourrir l’Europe en temps de crise. Vers des systèmes alimentaires résilients, Éditions Nature et Progrès, Belgique.


L'avis des experts :

1.1 Durabilité environnementale
Forte
1.2 Durabilité sociale
Forte
2. Potentiel de déploiement
Duplicable, global
3. Visée économique
Variable selon le cas
4.1. L’évolution de conscience
Participe
4.2. Changement de comportement individuel
Induit
5. La dynamique du changement
Rupture
6. La participation
Inclusif
7. Effet rebond
Faible
8.1 Impact carbone
Fort
8.2 Impact biodiversité
Variable selon le cas
8.3 Impact énergie grise
Fort

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