Les forêts jouent un rôle important et souvent méconnu dans la lutte contre la pauvreté rurale en contribuant à la sécurité alimentaire et en fournissant des moyens de subsistance. Elles offrent des services environnementaux vitaux comme la purification de l’air et de l’eau. Grâce à l’évapotranspiration et à leur système racinaire dense et profond, elles maintiennent un climat régional tempéré et humide, et préservent la stabilité des sols. Elles constituent des puits de captage du CO2 grâce à la photosynthèse et contribuent ainsi à l’équilibre du système climatique. Il s’agit également des écosystèmes terrestres les plus riches en biodiversité.

Malheureusement, les surfaces boisées ne cessent de diminuer principalement en raison de la conversion en terre agricole, de l’extraction minière, de l’exploitation non durable du bois et de l’implantation de barrages hydrauliques. Depuis 1990, 129 millions d’hectares de forêts on été perdus selon l’estimation de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO, 2015). Les plus grandes pertes sont observées dans la zone intertropicale et concernent les forêts primaires équatoriales, dans le bassin amazonien, en Indonésie et en Afrique centrale. De plus, en zone intertropicale, les sols mis à nu par la déforestation vont rapidement devenir stériles par lessivage en raison des pluies intenses.

La perte nette avait diminué sur le territoire brésilien de 2004 à 2012, mais la déforestation s’est à nouveau accélérée depuis le retour au pouvoir des forces conservatrices favorables au lobby agroalimentaire, principalement producteur de soja, aujourd’hui largement OGM, de canne à sucre et de viande bovine, démontrant l’importance des orientations politiques en matière de gestion de la forêt. De même, en Indonésie, les producteurs d’huile de palme, omniprésente dans les aliments transformés et les cosmétiques, ainsi que de pâte à papier bénéficient de la complicité de pouvoirs publics qui ne se soucient guère de préserver le capital forestier du pays. L’opinion publique internationale a ici un rôle à jouer de par son soutien à de tels projets et la pression morale qu’elle peut exercer.

Les forêts boréales de conifères (taïga) payent également les frais d’une telle politique en Russie (où se situe la plus grande forêt primaire au monde), au Canada et en Alaska (USA), notamment au bénéfice d’entreprises productrices de pâte à papier. La taïga est entrecoupée de tourbières, qui se transforment en matière combustible très inflammable sous l’effet de la sécheresse liée à la disparition du couvert forestier. Combiné aux effets du réchauffement climatique, des incendies de forêts spectaculaires se sont déclarés dans ces régions cette dernière décennie (Russie, 2010, Canada 2017).

On constate donc que la latitude laissée par les agents des Etats à des groupes industriels (mines, papier, expansion de l’agriculture intensive) est déterminante dans le processus de déforestation ; pour l’essentiel les produits de ces groupes sont écoulés dans les pays industrialisés (soja pour l’élevage industriel, pâte à papier, métaux…). Cependant, elle s’explique également par l’action cumulée de milliers de petits exploitants allant chercher fortune dans les forêts tropicales (chercheurs de métaux précieux, etc.) ou contraints d’y défricher des parcelles pour survivre et se procurer du bois de chauffage. Cette situation résulte tant de la pression démographique que du manque d’accès aux terres, les populations rurales se trouvant souvent sans possession de titres de propriété et expulsées au bénéfice des activités agroindustrielles et extractives.

Malgré ces contextes défavorables, au cours des 25 dernières années le taux de déforestation net mondial a pu être divisé par deux. Cela s’explique par le nombre croissant de zones forestières placées sous protection, par l’amélioration de la gestion de la forêt dans de nombreux pays, ainsi que par une plus grande implication des communautés locales dans les politiques de développement et la planification territoriale. Des programmes de reforestation permettent la reconquête par la forêt de superficies considérables, notamment en Chine et en Inde.

Il faut toutefois veiller à ce que les projets de reforestation aient pour objectif non seulement de reboiser ou restaurer la forêt mais également de permettre aux populations locales de se nourrir et de vivre dans des conditions acceptables sur le long terme. Le type de reforestation doit également être précisé, car une monoculture forestière ne répond que difficilement à l’objectif de la pérennité de la biodiversité et sera à la fois pauvre du point de vue écologique et fragile.

Au cas par cas, il sera plus judicieux et profitable de permettre la renaissance d’un sol stable et fertile, dans d’autres de mettre en place un système d’agroforesterie. Pour avoir un impact durable, ces projets doivent permettre aux habitants de s’approprier les connaissances et les savoir-faire nécessaires afin d’assurer leur propre développement à long terme, tout en préservant leur environnement. Ils doivent également s’accompagner de garanties territoriales émanant des autorités gouvernementales.

Sources :

FAO (2015), Évaluation des ressources forestières 2015. Comment les forêts de la planète changent-elles ? Deuxième édition, Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, Rome, 2016. 44 p.

Claude Martin: On the Edge: The State and Fate of the World’s Tropical Rainforests


L'avis des experts :

1.1 Durabilité environnementale
Forte
1.2 Durabilité sociale
Forte
2. Potentiel de déploiement
Duplicable, global
3. Visée économique
Sans but lucratif
4.1. L’évolution de conscience
Participe
4.2. Changement de comportement individuel
Induit
5. La dynamique du changement
Fondamental
6. La participation
Inclusif
7. Effet rebond
Faible
8.1 Impact carbone
Fort
8.2 Impact biodiversité
Fort
8.3 Impact énergie grise
Fort

2 Initiatives de 'Reforestation' :